Système libéral et économie de marché

 

 

 

  1. Système libéral et économie de marché

 

        Le système libéral s'articule autours de trois dimensions fondamentalement liées mais que nous allons étudier de manière séparée pour mieux en saisir chaque facette. Ces trois dimensions sont la dimension sociale, la dimension économique et la dimension politique.

 

                      1. Perspective sociale

 

        On peut caractériser fondamentalement le système social libéral comme étant un système où chacun est foncièrement libre de choisir sa propre conception du bien et de la vie bonne. Qu'est-ce que cela signifie? Pour comprendre l'importance de cette précision, il faut partir d'un des fondements du libéralisme que le philosophe John Rawls dans théorie de la Justice énonce comme suit: le juste prime le bien. Qu'est-ce que cela signifie?

        Quelle différence y a-t-il au juste entre le juste et le bien? Commençons par définir le juste. Est juste, ce qui est conforme au droit positif. La notion de positivité en philosophie renvoie normalement à l'expérience. Ici, il faut comprendre que l'on parle tout simplement d'un droit qui est un droit concrètement appliqué dans un pays déterminé. Parler du droit positif français, c'est faire référence au droit du Code Pénal, du Code du Commerce... Être juste, c'est en somme respecter les lois clairement définies dans un espace donné. On parle encore de légalité. Or, on comprend que, ce qui est légal ici ne l'est pas forcément lorsque je passe une frontière.

        Le bien quant à lui, nous renvoie à la moralité. Nous ne sommes ainsi plus dans la sphère de la légalité mais bien de la légitimité. Quelle différence? La morale renvoie basiquement à un certain système de valeurs qui nous oriente plus ou moins dans l'existence. Prenons un exemple. Admettons que j'adhère à une morale humaniste qui place la dignité humaine au-dessus de tout. Si je vois une mère voler pour donner à manger à son jeune enfant, je peux penser que son geste est légitime: elle a bien agit pour le compte de son enfant. Pourtant, il n'en demeure pas moins que son geste est illégale, c'est-à-dire non conforme au droit en vigueur dans notre pays. Inversement, mais toujours dans la même idée, je peux mentir sans pour autant être légalement coupable.

        Pour le système social libéral, chacun est en droit d'adhérer, de choisir sa propre conception du bien: aucune l'instance, à commencer par l'état, ne peut lui imposer à aucun moment une conception du bien ou de la vie bonne. Comme le dit encore Rawls, le « je prime ses appartenances »: je peux être bouddhiste, chrétien, musulman, libertin, hédoniste, nihiliste (...), je ne me réduis pourtant pas à cela: une part en moi est capable d'être indépendante de cet ensemble d'appartenances pour reconnaître la règle de droit. Ma conception du bien ne doit donc jamais rentrer en interaction avec le juste.

        Ce qui régule les échanges en dernière instance c'est toujours le droit: mieux il assure l'échange. Si chacun est libre de choisir sa propre conception du bien, il ne peut pour autant en jouir au dépend des autres. Sa liberté devra toujours s'arrêter où commence celle d'autrui afin de ne pas empiéter sur la liberté d'action de l'autre. De plus, la liberté dans l'échange de pensées, soit la liberté d'expression, est respectée, du moment qu'elle n'entre pas en interaction avec le droit en place. Le système social libéral se présente ainsi comme un système où l'échange d'idée, l'échange de paroles, de pensées, est libre. Aucune instance ne peut imposer un certain contenu, même l'état.

 

 

 

  1. Perspective économique

 

        Le système économique libéral se centre essentiellement autours de l'idée de marché. On peut définir le marché comme étant un lieu d'échange composé de producteur et de consommateur. En principe, les producteurs, s'ils relèvent du même champ d'activité, peuvent se concurrencer sur la même part de marché. Cette lutte, cette compétition n'a pas forcément un effet négatif.

       Pour le père fondateur de la pensée économique et du libéralisme, Adam Smith, la compétition a tout d'abord pour conséquence de combattre une paresse naturelle des êtres humains. Elle encourage les producteurs à redoubler d'efforts pour satisfaire leurs clients.

        De plus, la concurrence a un effet régulateur sur le marché. Pour comprendre cela, il s'agit déjà de préciser qu'il existe une loi, celle de l'offre et la demande, qui s'exerce naturellement au sein du marché et qui impose une forme d'autocontrôle entre production et consommation, ainsi que sur les prix. Prenons un exemple concret. Si un produit inonde le marché au point de devenir bien trop abondant, on conçoit assez logiquement que la demande des consommateurs va progressivement diminuer par rapport à l'offre de ce bien. De même, le prix du produit va également baisser, forçant par la les producteurs à se tourner vers la production d'un autre produit, un produit peut-être plus rare et donc encore une fois tout logiquement, plus demandé. Ce dernier, deviendra à son tour moins rare, moins chère, tandis que le premier produit reprendra un cours normal et stabilisé. Ainsi, il se crée un équilibre naturellement, un équilibre que Smith illustre par une métaphore, celle de la main invisible. Cette main prend là où il y a de l'abondance, et donne là où il y a manque, évitant par là des problème de surproduction et de déséquilibre économico-social.

 

        A partir de cette description du marché, il s'agit de réfléchir sur ce qui guide ultimement les acteurs du marché. Pour cela, nous pouvons partir d'un texte d'Adam Smith dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations.

 

        « L'homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c'est en vain qu'il attendrait de leur seule bienveillance ». Cette phrase qui marque le début du texte nous rappelle que les échanges économiques, que ce soit l'achat de pain à mon boulanger jusqu'aux rapport entre directeur d'entreprise et actionnaires, ne repose en dernière instance jamais sur de la bienveillance. Lorsque je vais voir mon boulanger, je n'y vais pas proprement pour lui, mais bien pour moi; je ne m'adresse pas à son humanité, mais bien à son intérêt propre, égoïste. Mon boulanger voit en moi un client qui lui apportera le prix d'une baguette, et je vois en lui un producteur qui va me fournir contre de l'argent, une baguette. Dans tous les cas, nous sommes toujours mus par notre intérêt égoïste, non par une quelconque qualité morale. La compagnie d'aviation qui dispose des écrans télé encastrés dans les sièges, des oreillers, des repas, ne pensent pas foncièrement au bien de ses clients. Elle pense qu'un client bien, c'est un client qui revient, un client mécontent, c'est un client susceptible de se plaindre, d'entraîner des problèmes, de ne pas revenir voyager sur la même ligne.

        Chacun entre ainsi dans le marché avec la pensée suivante qu'énonce Adam Smith: « Donnez-moi ce dont j'ai besoin, et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-mêmes ». Tout le monde rentre ainsi dans ce système jusqu'au mendiant qui, même s'il compte sur la charité des autres, leur bienveillance, va avec cet argent acheté de quoi manger, boire... En poussant le raisonnement de Smith, on pourrait même dire que chacun ne donne une pièce au mendiant que par intérêt: celui de se donner bonne conscience, de faire ce qu'on appelle une bonne action...

        Ainsi, si l'homme a besoin de l'aide de ses semblables, il ne peut pour autant compter sur les bons sentiments de ceux qui l'entourent. Chacun est mu par des intérêts égoïstes, chacun entre dans le marché comme lieu d'échange de biens ou de services, dans le but de pourvoir à ses propres besoins. Pourtant, nous explique Adam Smith, qui s'en plaindrait puisque cela fonctionne? En effet, ce qu'il en reste, c'est que chacun en n'ayant en vu que son propre intérêt, participe pour autant à l'intérêt collectif. Une fois de plus, on retrouve cette main invisible, cet équilibre généré spontanément au sein du marché. Même si chacun n'a que soi en vue dans l'échange, cela concoure toujours à l'intérêt de l'ensemble.

 

        Sur internet:

        http://fr.wikipedia.org/wiki/March%C3%A9

        http://pagesperso-orange.fr/claude.beck/Qu%20est%20ce%20que%20l%20economie.htm


 

 

  1. Perspective politique

 

        On peut en tirer des conclusions du point de vue politique. On se doute en effet, que l'État dans cette perspective ne devra intervenir que très peu. A vrai dire, il serait injuste de réduire le libéralisme à Smith. Pour les tenants de la théorie smithienne qui fut bien évidemment améliorée avec le temps, il n'empêche que la marché s'autoordonne, s'autorégule spontanément. En cela, on peut se passer aisément de l'intervention de l'État au sein du marché. Celui-ci risquerait même s'introduire un désordre supplémentaire. Pour ce courant qu'on appelle aujourd'hui néo-libéraliste (ou encore plus communément ultra-libéraliste, faisant par là référence au fait qu'il pousse la logique libérale d'une manière jusqu'au-boutiste), le propre du libéralisme, c'est de laisser un parfait libre-échange, ou encore, de faire la promotion par son inaction, du laissez-faire. Dans ce cas, l'idée est que les échanges économiques ne doivent pas subir une influence venue de l'extérieur, d'intervention étatique sous forme de réglementation sur les salaires, les prix, les échanges commerciaux... Les échanges ont cette fabuleuse capacité à se régler sans qu'un État-Providence n'est un quelconque droit d'ingérence sur son bon fonctionnement.

        On remarquera que certains libéralistes pensent au contraire que l'État doit intervenir non sur le marché mais pour ainsi dire avant et après ce marché comme opérateur de distribution et de redistribution. Au départ, toujours via l'imposition, l'État égalise les chances pour que l'entrée dans le marché ne soit pas faussée dès le départ pour ainsi dire. Ainsi, pour optimiser les chances des plus démunis sur le marché du travail, l'État distribuera des bourses, des aides, permettant d'éviter une discrimination préalable à l'emploi. Puis, l'État pourra encore intervenir pour ceux qui sortent malheureux du marché, les plus mal lotis, les entreprises en crise...

        La dernière crise réactive cette éternelle question quant à savoir si le marché s'autorégule ou non, et si on doit défendre ou non un interventionnisme de l'État au sein des échanges. Nous avons pu en tout cas constater combien le libéralisme sous toutes ses facettes, tente de retirer toute main mise sur les échanges afin de les laisser libres, de leur laisser la possibiltié de s'autoréguler.

       Quelque soit le motif qui pousse chacun à entrer dans la sphère des échanges, il en ressort toujours selon les libéralistes, quelque chose de foncièrement bon pour l'ensemble. En admettant que l'égoïsme est le seul moteur des échanges entre les hommes, Smith constate, d'un point de vue pragmatique, que cela fonctionne pourtant parfaitement.

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