Descartes est-il Néo?

  Descartes est-il Néo?*

 

          La question peut paraître étrange, pourtant il nous faut la poser! Revenons aux Méditations Métaphysiques, et plus précisément au doute hyperbolique. On se rappelle que le doute n'est pas vraiment nouveau en philosophie. On le trouvait déjà chez Pyrrhon comme nous avons pu le constater. Mais Descartes fait mieux, il fait plus, puisqu'il veut aussi ne pas passer sa vie à douter, et on le comprend!

          Il s'agit donc de douter de tout avec Descartes, de douter comme on l'a vu de toutes nos croyances (qui ne sont tout au plus que des connaissances probables, au pire elles sont même fausses), mais aussi du témoignage de nos sens. Ces derniers nous ont trop trompé, et comme l'explique Descartes, mieux vaut éviter de faire confiance à quelqu'un qui vous a plusieurs fois trompé. On doute de tout donc. Quel rapport avec le film Matrix?

         Regardons cet extrait, puis reprenons notre raisonnement

.

 

         On comprend ici que Descartes est précisément celui qui va choisir la pilulle rouge! Il fait le choix de ne pas retourner se coucher, et d'affronter avec beaucoup de courage le fait de douter radicalement. Dans ce passage, Morphéus rappelle à Néo qu'il est un esclave, qu'il est enchaîné (on notera ici la référence à l'allégorie de la caverne de Platon), que tout ce qu'il croit être la réalité n'est en fait qu'un tissu de mensonges, une simple illusion.

          Rappelons-le, ce sont nos sens qui nous rattachent à la réalité, et ils nous ont déjà trompé, de ce fait rien ne nous dit qu'ils ne continuent pas dans cette voie. Descartes doute donc de la réalité, tout comme Morphéus, il la pense potentiellement fausse. Mais la comparaison ne s'arrête bien évidemment pas là. En effet, quel rapport entre les Méditations Métaphysiques et la Matrice?

          Il faut saisir que Descartes nous parle de la matrice d'une certaine manière. A quel moment? Tout simplement lorsqu'il fait l'hypothèse du malin génie.  Descartes imagine l'existence d'un dieu trompeur qui passerait son temps à nous tromper. Avant de revenir au film, lisons un instant Descartes:

         Je supposerai donc qu'il y a, non point un vrai Dieu, qui est la souveraine source de vérité, mais un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant qui a employé toute son industrie à me tromper. Je penserai que le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures, les sons et toutes les choses extérieures que nous voyons, ne sont que des illusions et tromperies, dont il se sert pour surprendre ma crédulité"

          C'est ici que nous pouvons marquer le parallèle: le film Matrix fait avec les machines ce que Descartes fait avec le malin génie. Il pourrait tout à fait y avoir une instance qui nous trompe, qui modèle notre réalité et la fait paraître telle que nous la voyons. Revenons au film, et comparons...

 

 

          Nous voilà fixés! Le film Matrix a mis en scène le doute cartésien, et Descartes devient Néo, celui qui va s'émanciper de la matrice, du monde dont nous avons l'intuition par nos sens, sur lequel sont basées toutes nos croyances. Quant à savoir les compétences que Descartes avait en Kung-fu, cela reste à déterminer! On sait seulement que Descartes était assez doué en escrime! Enfin, pour la jeune femme habillée en rouge, Descartes les a longtemps préférées avec une petite coquetterie dans l'oeil...

          Revenons à notre raisonnement. On se rappelle que Descartes doute, doute de tout, mais qu'il existe une chose dont il ne peut pas douter, à savoir qu'il doute, et donc qu'il lui faut penser pour douter. Ainsi, Descartes en arrive à la conclusion que:

  • pour douter, il lui faut penser
  • pour penser il lui faut exister
  • il existe donc au moins comme chose pensante.

          Voilà quelque chose d'intéressant! Rappelons-nous le monde dans lequel vit Néo en vérité, c'est-à-dire non pas celui qu'invente la Matrice-Malin-Génie, mais le monde tel qu'il est en lui-même, une terre désolée et désertique, cette terre qui fait dire à Morphéus lorsqu'il permet à Néo de découvrir cette vérité: "Bienvenue dans le désert du réel". Eh bien, voilà le point où Descartes va se retrouver: dans le ténèbres, dans le désert sans un bel oasis de croyances réconfortantes...

          Et la seule lumière que trouvera alors Descartes, lorsqu'il doute de tout, lorsqu'il se retrouve dans ce ténébreux désert, c'est la lumière de son propre esprit, ce "je pense" qui lui assure un point fixe. On se rappelle encore une fois, pour assurer le parallèle, que Néo finit par se bander les yeux, qu'il ne voit plus avec ses yeux physiques mais les yeux de l'esprit si l'on peut dire.

          Eh bien voilà exactement ce que fait Descartes! Il se retrouve les yeux bandés, et regarde avec son esprit, attendant l'évidence (rappelons ainsi que le mot évidence vient du latin video qui signifie précisément voir), une saisie directe et incontestable des choses. Nous mettons ici un terme à la comparaison, bien que nous puissions saisir que le lien entre Matrix et Descartes est flagrant!

 

 

             *J'aimerai ici noté que ce billet est inspiré du très bon livre de Ollivier Pourriol intitulé Cinéphilo sur lequel nous reviendrons.

 

 

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