Marx et l'extorsion commise sur l'échange

 

  1. Marx et l'extorsion commise sur l'échange

 

=> texte Le Capital, livre premier, tome II.

 

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      1. l'histoire d'une extorsion

         

        Le texte débute par l'idée selon laquelle l'ouvrier est possesseur, en temps normal, de sa force de travail à condition bien évidemment qu'il puisse négocier sa rémunération, c'est-à-dire être maître du prix de vente de cette force. Or, selon Marx, le travailleur va se trouver flouer par un capitalisme qui le dépossède d'une grande part de cette force de travail. Ce texte tente précisément de comprendre par quel mécanisme concret.

        Le capitaliste va profiter d'un certain type d'échange au sein de la grande industrie, soit de la coopération entre les ouvriers. Cette coopération est pour ainsi dire massive puisque les ouvriers sont regroupés par centaine au sein de la chaîne de production. Marx nous explique ainsi que « le capitaliste paye donc à chacun des cents ouvriers sa force de travail indépendante, mais il ne paye pas la force combinée de la centaine ». En somme, le capitaliste utilise un des ressorts fondamentaux du groupe qui pourrait s'énoncer presque comme suit: le tout est toujours plus grand que ses parties.

        Prenons un exemple: admettons que la quantité de production d'un ouvrier soit 2 montres/heures. Un autre ouvrier produit lui aussi 2 montres/heure. Si l'on réuni ces deux ouvriers au sein de la même unité de production, Marx nous explique que nous obtiendrons bien plus que quatre montres/heure. En effet, la coopération produit une émulation qui accroît la production, une production supérieure à la simple somme des deux forces de travail. Il y a en somme toujours un « plus » issu de la coopération des forces de travail, un « plus » d'autant plus grand que la coopération ne l'est.

       La coopération, par la force combinée des travailleurs crée donc une plus-value proportionnelle à la grandeur de cette coopération. Qu'est-ce qu'une plus-value? Il s'agit de ce petit plus issue de la coopération, un petit plus qui n'est pas rémunéré par le capitaliste mais entièrement récupéré par ce capitaliste dans le but d'accroître son capital d'origine. En somme, le capitaliste paie chacun des ouvriers individuellement, sans prendre en compte l'émulation qui génère cette plus-value et qui devrait justement revenir au commun des travailleurs. Pour reprendre notre exemple précédent, le capitaliste paie à chacun sa production individuelle (2 montres/heure), sans pour autant rémunérer le plus issue de l'émulation de la coopération [(2 + 2) + a]. Il profite du travail social dont il conserve le fruit produit et le gain qu'il rapporte, sans pour autant en faire profiter les travailleurs.

 

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      1. Un problème intrinsèque

 

        Cependant, Marx clôture ce texte avec une phrase qui nous intéresse particulièrement et qui instaure le malaise au sein de l'économie de manière proprement analytique.

        « Le mode de production capitaliste se présente donc comme nécessité historique pour transformer le travail isolé en travail social; mais, entre les mains du capital, cette socialisation du travail n'en augmente les forces productives que pour l'exploiter avec plus de profit ».

        Marx nous explique ici quelque chose de capital (sans jeu de mot aucun). En effet, cette dépossession de la force productive de l'ouvrier est analytiquement comprise dans le concept même de capitalisme. En d'autres termes, le capitalisme repose précisément sur ce ressort pour acquérir un bénéfice significatif. Le bénéfice est directement issue de cette plus-value que le capitaliste ne rémunère pas, c'est ainsi qu'il gagne plus qu'il n'investit à l'origine.

       En d'autres termes, le capitalisme incite, et même nécessite la coopération des tâches pour créer de la richesse (accroissement du capital initial), mais tout à la fois, comme nous l'avons vu, le détenteur du capital est proprement le seul à bénéficier de ce profit. Marx s'oppose donc au capitalisme puisque pour lui, ce dernier est analytiquement spécieux. Il contient depuis sa racine une extorsion sur laquelle repose l'entièreté du système.

         C'est donc, toujours selon Marx, entièrement capitaliste ou on ne l'est pas du tout, puisque le problème est intrinsèque au fonctionnement même, aux mécanismes du capitalisme.

 

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      1. Camera obscura

 

        Selon Marx, ce processus global capitaliste, peut être entièrement comparé à ce qu'il nomme la camera obscura. Qu'est-ce que cela? La camera obscura c'est précisément cette image inversée qui était présente sur l'écran des anciens appareils photographiques argentiques, ou même encore, sur la rétine humaine avant son traitement cérébral. Le système capitalisme provoque une inversion globale d'un fonctionnement normalement sain. Ainsi, nous explique Marx:

  • Alors qu'avant nous mangions pour travailler, aujourd'hui nous travaillons pour manger.

  • Alors qu'avant le travail était ce qu'il y a de plus proprement humain, le travailleur d'aujourd'hui se réduit à sa plus simple animalité. Il se réduit à l'organe qu'il utilise dans le travail à la chaîne, il ne travaille que pour son besoin immédiat ne gagnant que de quoi survivre et revenir travailler...

  • Alors qu'avant l'ouvrier avait une vue globale du début à la fin de la production sur ce que précisément il produisait, aujourd'hui il est réduit à la simple vision d'un parcelle de la chaîne de production.

 

        Mais pour Marx, le processus d'inversion le plus fort, celui qui est à la base même de ce système vicié qu'est le capitaliste est le passage du schéma M – A – M' au schéma A – M – A'. Dans le schéma M – A – M', l'argent est le médium, le moyen d'échange symbolique et pratique en vue de l'acquisition de nouvelle marchandise. Ainsi, je suis boulanger, je fais mon pain que j'échange contre de l'argent pour m'acheter de nouvelles marchandises. L'argent n'est qu'un moyen de l'échange:

  • symbolique parce qu'elle n'a de sens qu'insérée dans un réseau de signification ou elle prend précisément son sens. Peu m'importe d'avoir 100 000 euros si je suis coincé sur une île déserte: il me faut être intégré dans un réseau ou l'argent a du sens comme moyen d'échange. Car de valeur, elle n'en a pas en soi.

  • Pratique parce que les relation réglée par le troc sont pour ainsi dire rudimentaires. Elles posent problème quand il s'agit d'échanger des objets de valeurs différentes. Le maçon ne va pas acheter une quantité de chaussure équivalente en terme de quantité de travail à ce qu'il lui faut pour construire une maison. L'argent permet de stocker du crédit social, de thésauriser, soit d'accumuler de la valeur.

 

        Dans le système A – M – A' a eut proprement lieu le processus d'inversion. L'argent n'est plus un moyen mais ce qui est ultimement visé. En effet, la marchandise n'est plus qu'un moyen, un prétexte pour accroître le capital initial. Or, on sait que ce schéma comptabilise précisément l'extorsion de la plus-value pour Marx, puisque M' = M + a. Ici, l'argent est devenu la fin ultime de l'échange qui ne se produit que pour son acquisition et le développement d'un capital qui floue le travailleur en le dépossédant de sa force de travail. Ainsi, si échange il y a, c'est toujours à la faveur du capital; si échange il y a, c'est échange instrumentalisé à des fins spécieuses qui ne font l'affaire que de quelques uns. On comprend que l'économie capitaliste sur laquelle reposait précisément le libéralisme économique, est ici pointé du doigt et entièrement remise en question. Marx refuse cette extorsion certes de la force de travail, mais tout simplement la création de richesse compressée à partir de laquelle le capitaliste se fait propriétaire de tout à commencer par les moyens de productions que sont les machines. Rien n'appartient selon lui à l'ouvrier, à commencer même par là dernière chose qui lui restait, à savoir sa force de travail. Le communisme rejettera ainsi cette donnée de l'économie libérale qu'est la propriété. Alors que le libéralisme en fait une valeur pilier de son système, le communisme pense à l'instar de Rousseau que le premier homme qui pu dire cette phrase « C'est à moi », entraîna la chute de la société humaine. Pour le communisme, tout est à tout le monde, à commencer par le capital. Si l'échange, dans le mode de production capitaliste suppose comme corolaire la propriété, soit la démarcation de ce qui est à moi et de ce qui ne l'est pas, Marx dénonce alors ce type d'échange qui spolie proprement les masses laborieuses; L'échange doit se libérer de la notion de propriété pour être un échange véritablement libre et surtout équitable.

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