Echanges et production

 

  1. échange et production

 

 

 

  1. valeur d'échange et valeur d'usage.

     

        Nous allons dans ce chapitre inverser pour une fois la tendance. Au lieu de commencer par définir proprement les échanges, nous allons commencer par nous demander ce que proprement nous échangeons.

 

        On pourrait commencer par une question qui, au premier abord peut sembler étrange dans un tel cours, mais qui, comme nous le verrons finira par rejoindre, justement, le thème sur lequel nous travaillons.

        Il s'agit de se demander: qu'est-ce qui fonde la valeur de quelque chose?

       On peut avancer de nombreuses pistes comme l'or, l'offre et la demande, la rareté de l'objet... etc. Mais on se rend progressivement compte que ce que le prix réel de chaque chose coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c'est le travail et la peine qu'il doit s'imposer pour l'obtenir. Ce qui circule à travers les échanges, c'est semble-t-il du travail.

        Mais, si l'on suit cette idée, comment comprendre qu'un bien comme l'eau par exemple, soit à la fois d'une grande valeur (j'en ai un besoin vital) et à la fois comme quelque chose qui n'en a pas réellement (l'eau, dans notre pays par exemple, ne coûte pas réellement cher comparativement à d'autres objets de consommation). Il s'agit ici de faire une distinction entre valeur d'usage et valeur d'échange.

        La valeur d'usage est basée sur le désir que nous avons de quelque chose, le besoin proprement que nous en avons. Dans ce cas précis, l'eau a une grande valeur d'usage, puisque nous avons un grand besoin d'eau. Mais, comme nous l'avons dis, on remarque également que l'eau n'est pas très chère dans un pays comme le nôtre. Pourquoi? Pourquoi le prix est-il si différent entre ici et certains pays d'Afrique par exemple?

       Il s'agit ici de distinguer la valeur d'usage de la valeur d'échange qui correspond à l'ensemble des efforts nécessaires et additionnés pour l'obtention de la chose en question. Ainsi, l'eau a une grande valeur d'usage, mais tout à la fois une faible valeur d'échange. Si dans certains pays, l'eau atteint une valeur d'échange élevée, c'est précisément parce qu'elle demande toute une série d'efforts pour la trouver (connaissance et technique), la puiser (forage du sol, construction de puits...), ou encore même l'acheminer.

 

 

  1. L'accord compris dans l'échange

 

        On comprend donc que, lorsque nous échangeons des choses, ces dernières ne sont pas forcément considérées pour leur valeur superficielle. Dans l'échange peut tout aussi bien compter le travail mis en oeuvre afin de produire la chose échangée. En ce sens, l'échange révèle précisément le temps, la quantité, et même l'effort nécessaire à l'obtention de ce qui a été échangé. C'est en cela que l'on peut penser l'échange comme étant précisément (à travers la valeur d'échange) ce qui révèle la valeur d'une chose. L'échange pousse à considérer un objet sur une autre base qu'une base simplement égoïste et pratique. Au lieu de considérer la chose pour soi, l'échange nous renvoie aux conditions de production de la chose. Il ne s'agit alors plus de s'attarder sur le simple rapport qu'on entretient avec l'objet (en avons-nous besoin? Me servira-t-il?), une approche égoïste, mais la valeur de l'objet  à partir de ses conditions d'apparition. On se concentre sur la cause, l'effort nécessaire, plus que sur son propre intérêt.

        Ainsi, ce qu'on échange au fond, dans cette perspective économique, c'est toujours du travail. Un échange équitable sera toujours un échange entre deux temps de travail (leur qualité, leur quantité également). Ce critère est important puisque c'est l'échange qui va permettre de s'entendre sur une véritable valeur qui ne soit pas le fruit d'un caprice ou d'une malhonnêteté.

        En effet, temps et quantité de travail sont des dimensions mesurables qui permettent l'établissement d'une valeur qui ne se réduisent pas à la simple subjectivité de chacun. L'objet n'a plus une valeur pour moi, mais bien en fonction d'une production dont les paramètres sont « délimitables », chiffrables, donc contrôlés. Tant que le travail est ainsi à la base de l'échange économique, il propose un critérium fiable qui règle la transaction.

        C'est ici qu'intervient l'argent, soit une représentation symbolique d'un certain droit au travail ou au fruit du travail des autres. Avec de l'argent, c'est du travail des autres dont nous pouvons bénéficier. Et c'est précisément parce que l'objet est quantifiable en terme de temps, voir de qualité de travail, qu'on peut utiliser l'argent comme représentant cette quantité.

       Ainsi, la valeur d'échange oriente l'échange vers les dimensions de production d'un objet, des dimensions quantifiables, échappant par là à l'arbitraire du producteur et de ses caprices.

 

    3.   Le travail: une triste histoire?

 

        Le travail semble toujours devoir être conçu comme quelque chose qui est de l'ordre de la punition plus que du véritable plaisir. Or, en s'attardant sur une certaine tradition, ainsi que sur les pistes étymologiques même de cette notion, on se rend vite compte que cette mauvaise réputation du travail est pour ainsi dire largement confirmée.

        Qu'on réfléchisse un instant à la Genèse dans un premier temps, et à la façon dont la Bible conçoit l'origine du travail. Il s'agit de se souvenir que pour la Bible, le travail est pour ainsi dire la conséquence d'une punition, et plus précisément du pêché originel. C'est bien parce que l'homme a péché qu'il doit extraire les fruits de la terre par ses propres forces. Dans le Jardin Édénique, il n'y justement pas de travail: tout est déjà à disposition. Or, ce paradis est un endroit dont l'homme n'a de cesse d'entretenir la nostalgie.

        D'un point de vue étymologique, le travail vient du latin tripallium. Il faut savoir que le tripallium ou « trois pieux » était un instrument de torture sur lequel on attachait celui qu'on soumettait à la question durant l'inquisition. Dans le même ordre d'idée, on parle parfois du travail comme d'un labeur, le mot venant du latin labor signifiant la peine.

        On comprend de ce fait que le travail est rarement présenté comme quelque chose de joyeux! Mais doit-on pour autant s'en arrêter là? Vous pourrez ici vous en remettre à la fiche sur la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel pour réfléchir à une autre conception du travail, une conception qui représente le travail comme libération justement de l'homme.

        Si en dernière instance l'échange économique repose sur une libération de l'homme, on en comprend toute l'importance. On peut ici constater un rapport avec le thème même de la culture. En effet, le travail est non seulement une façon de s'émanciper proprement du besoin, mais même de le dépasser. L'animal ne peut ainsi pas être considéré comme un être travaillant. Pourquoi? Tout simplement parce que l'animal « s'active » en fonction de ses besoins. Si les animaux produisent, ils ne produisent pas sur le mode du travail: ils produisent uniquement ce dont ils ont besoin, dans l'instant, et pour lui-même ou sa progéniture. Mais dès qu'il n'est plus sous l'emprise d'un besoin immédiat, l'animal cesse de produire. L'animal, comme nous l'avions vu, est toujours et simplement au niveau du besoin. Au contraire, l'homme peut continuer à produire même lorsqu'il est libéré du besoin physique immédiat. On voit encore une fois combien l'homme, dans un mode de production particulier qu'est le travail, s'émancipe encore une fois de la simple nature.

        Or, si l'échange est précisément échange de travail dans notre perspective, il est encore une fois un moyen de mettre à jour un rapport qui s'effectue toujours entre deux hommes, entre deux êtres culturels. Il révèle l'humain par un promotion du travail comme fondement ultime de la valeur.

 

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